Aux urnes citoyens !


Elections à Friville-Escarbotin en 1951

Ce film montre le déroulement d'un scrutin dans un bureau de vote (opération de vote et dépouillement) et le matériel électoral (cartes d'électeurs, bulletins, urne, isoloir), au début de la IV République (les femmes ont le droit de vote depuis quelques années seulement). Cependant, aucun d'indice dans ce film ne permet de préciser de quelle élection il s'agit, même si c'est en effet très probablement les élections législatives du 17 juin 1951. Il y a eu des élections cantonales en 1951, mais en octobre et Friville-Escarbotin (canton d'Ault à l'époque) ne faisait pas partie des cantons renouvelables (ils l'étaient par moitié tous les 4 ans). En 1951, les électeurs sont appelés aux urnes pour élire les députés de la deuxième législature de la IVe République (la première élue en 1946 arrivant à son terme) et inaugurent un nouveau système électoral, le système des apparentements, dans le cadre d'un scrutin départemental de liste à la proportionnelle. Ce système des apparentements permettait à deux ou plusieurs listes de souscrire, dans le cadre départemental, une déclaration d’apparentement leur permettant d’être considérées comme une seule liste lors de l’attribution des sièges ; la loi prévoyait aussi que si une liste ou un groupe de listes apparentées obtenaient la majorité absolue, elles recevaient tous les sièges. Ce système était destiné à favoriser les partis au gouvernement (SFIO, MRP, UDSR, Radicaux, droite modérée), coalisés dans la "Troisième force" pour faire face à l'opposition du PCF et du RPF, la formation gaulliste. Si le système fonctionne puisque la majorité sortante de troisième force recueille la majorité des suffrages, communistes et gaullistes réalisent aussi des scores élevés, qui contrastent en réalité avec le tassement de la gauche socialiste. Par exemple, dans la Somme, la SFIO poursuivait sa chute : 30,6 % des suffrages exprimés en 1945, 26 % puis 23,7 % en 1946 et 21,6 % en 1951. Malgré cette érosion, la SFIO réalisait dans le département un score supérieur à la moyenne nationale de 7 points. Le PCF de René Lamps et Louis Prot, qui dénonçait le « scrutin de trucage », se maintenait à 32 % dans la Somme et pointaient en tête localement, loin devant la liste socialiste. La liste gaulliste conduite par André-Jean Godin (député sortant et transfuge radical) réalisait une percée spectaculaire (17,7 %), devancée de peu par la liste RGR-CNIP, emmenée par Pierre Garet (député sortant, ex-MRP) et Marcelle Delabie (18 %). Cette alliance du centre-gauche et du centre-droit leur permit de maintenir leurs positions face au gaullisme. La liste MRP de Jules Delemotte, apparentée à la SFIO, au RGR et au CNIP dans la Somme, perdait une part très importante de ses soutiens, ne recueillant que 8 % des suffrages. Malgré une redistribution des voix, tous les députés sortants furent réélus : Louis Prot et René Lamps (PCF), Max Lejeune et Pierre Doutrellot (SFIO) puis avec des étiquettes différentes, Pierre Garet (CNIP) et André-Jean Godin (RPF). Le Parti radical-socialiste et le MRP perdaient donc cependant un siège chacun. Le système des apparentements, qui a donné les résultats escomptés sur le plan national en enlevant 50 sièges au PCF et 25 au RPF par rapport à l'assemblée précédent, n’a pas donné de résultats dans la Somme, mais en accoucha d’une assemblée instable. Le renversement du gouvernement Edgar Faure (29 novembre 1955) lui permit de dissoudre l’Assemblée nationale, pratique inédite depuis celle décidée par le maréchal de Mac-Mahon le 16 mai 1877. Des élections législatives anticipées furent fixées au 2 janvier 1956.

Texte de Julien Cahon, professeur d'Histoire Géographie


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