fbpx

Les Films

Projet « Archipress »

kozi p
Auteur : Kozi Pastakia

Publié le 1 juin 2022

« Archipress », un projet d’éducation aux médias qui met en lumière les archives

Durant deux mois, des élèves du lycée agricole Le Paraclet (Somme) ont participé à un projet d’éducation aux médias et à l’information baptisé « Archipress ». Les objectifs du programme ? Sensibiliser les adolescents aux techniques journalistiques, aux archives, à l’analyse d’images et aux notions de droits d’auteur. 

Produire du contenu journalistique en travaillant à partir d’archives. C’est le défi que se sont lancés 22 élèves du lycée agricole Le Paraclet, situé à Cottenchy (Somme), en participant au projet « Archipress ». Dans leur tâche, ils ont été accompagnés par leur professeur-documentaliste, Lorea Cardona, ainsi que par le journaliste indépendant Kozi Pastakia et l’équipe d’Archipop.

« Archipress » est un projet d’éducation aux médias et à l’information sur le long terme qui a permis une co-construction totale entre le journaliste-intervenant et les lycéens. Au cours des six ateliers, qui se sont étalés de février à avril 2022, les adolescents ont été sensibilisés au travail et aux techniques journalistiques, aux archives, à l’analyse d’images et aux notions de droits d’auteur.

 

Archipop s’est entretenu avec Kozi Pastakia pour en savoir plus sur ce projet :

Archipop : Quel est le statut des images d’archives audiovisuelles dans le journalisme ? Quel usage ?

Kozi Pastakia : Dans ma pratique personnelle du journalisme, les archives me permettent de comparer les faits du passé avec ceux du présent et ainsi avoir des éléments pour mettre en perspective l’actualité chaude, nos sociétés contemporaines, ou pour prendre du recul vis-à-vis de celles-ci. Parmi les médias que je consulte, je peux citer Retronews ou l’INA.

 

A : À quelles techniques journalistiques, les élèves ont-ils été initiés durant le projet ?

KP : Dans le cadre du projet « Archipress », avec les élèves nous avons abordé les notions suivantes : 

– Les missions du journaliste : collecter des informations (en se rendant sur place ou en faisant des recherches), enquêter, expliquer et transmettre l’information au grand public et fournir une grille d’analyse, contextualiser et comparer.
– Analyse des images.
– L’interview : comment préparer une interview (faire des recherches sur les réalisateurs, sur l’époque des films), lister des questions en amont des entretiens, et rebondir sur les propos de la personne interviewée.
– Dérushage : écoute des interviews réalisées et travail de prise de notes avec la retranscription.
– L’écriture journalistique : travail autour du titre, du chapô, le travail de sélection des informations, de reformulation des propos quand cela est nécessaire et respect des 5W (Qui ? Quoi ? Quand ? Où ? Pourquoi ?). 

 

A : De quelle manière analyser des images d’archives brutes, filmées dans le cadre privé, en restant impartial ?

KP : Tout d’abord, j’ai demandé aux lycéens de me décrire de manière factuelle ce qu’ils voyaient à l’écran sur les images des films sélectionnés. Je voulais qu’ils ne me donnent que les éléments dont ils étaient sûrs et non pas leurs interprétations, leurs hypothèses. Puis, je leur ai demandé de lire les descriptions visibles sous les vidéos sur le site d’Archipop pour voir si cela correspondait. Et je leur ai expliqué que pour connaître les intentions des personnes filmées et des réalisateurs, il fallait interroger ces derniers (ou les ayants droit). 

 

A : Peux-tu parler de l’intervention que tu as menée auprès des élèves du lycée agricole ?

KP : Dans un premier temps, les lycéens ont sélectionné les films amateurs sur lesquels ils voulaient travailler en piochant dans les ressources disponibles sur le site d’Archipop. Étant en lycée agricole, ils ont naturellement tous sélectionnés des productions en lien avec leur futur métier avec cette volonté commune de comparer l’agriculture d’avant avec celle d’aujourd’hui. Dans un deuxième temps, ils ont fait des recherches, décrypté les images et ont préparé des interviews des réalisateurs ou des ayants droit des films sélectionnés. Enfin, une fois les entretiens réalisés, ils ont effectué un travail de dérushage, de sélection des informations et d’écriture. Leurs articles sont à retrouver sur le site d’Archipop : 

 

  • Nicolas, Simon, Valentin et Paul ont interviewé de Patrick Maillard. Son père, Pierre Maillard, est l’auteur du film amateur « Âne du Plessis et les petits pois ». Les images tournées en 1935 montrent les débuts de la culture de petits pois en conserve ainsi que des moments passés en famille dans une ferme où l’on s’amuse avec des ânes
  • Romain, Mattéo, Paul-Antoine et Maxence ont réalisé l’entretien de Francis Hermand et détenteur du film « Départ de chasse au tir, ferme de L’Épine ». Les images tournées en 1934, sur l’exploitation de la famille Hermand, montrent comment à l’époque la chasse faisait partie de toute une culture de la vie à la ferme.
  • Rémi, Marius et Lucas ont posé des questions à René Canaple. Le père de René, Lucien Canaple, tenait une entreprise de battage dans les années 1960 et se déplaçait de ferme en ferme pour effectuer cette tâche. Le film amateur « Entreprise de battage Canaple » garde ainsi trace d’une époque où les moissonneuses-batteuses au sein des exploitations n’étaient pas légion.
  • Flavien, Corentin et Bastien se sont entretenus avec Roland Gardin. Photographe à la retraite, celui-ci a réalisé quelques films amateurs dont la plupart se déroulent sur la commune de Saint-Just-en-Chaussée. C’est le cas de « Manifestations agricoles » tourné dans les années 1970 qui relate la colère des agriculteurs entre inflation et rémunération pas assez juste pour leur travail. 
  • Jules, Maxence et Hugo ont travaillé sur l’interview de Jean-Marie Blanjacquier. Électricien à la retraite, Jean-Marie Banjacquier a réalisé le film amateur « Le Plouy Louvet, culture » en 1979. Dans images tournées sur l’exploitation de son beau-père. On y voit notamment la culture de blé et de betteraves. Un film qui garde trace d’un passé agricole et qui tente de rendre hommage au beau-père du réalisateur qu’il décrit comme « un sacré personnage ».
  • Lola, Nathan Ilona et Benoit ont interrogé Claude Masion. Ce dernier a réalisé, en 2000 à Nibas, un film baptisé « Fête de la moisson ». Il a ainsi capturé un événement rendant hommage aux récoltes et à tous les cultivateurs qui s’échinaient toute l’année dans les champs avec des moyens rudimentaires dans les années 1950-1960.

 

Par Kozi Pastakia