La première séance du Ciné-Club des Flandres a 90 ans

Une femme prend une photo avec un appareil photo argentique dans les années 1950.
Auteur(e) : Milana Tsakaiev

Publié le 30 septembre 2026

Le 25 octobre 1936, une poignée de passionnés réunissait le public lillois pour la première séance officielle du Ciné-Club des Flandres. Quatre-vingt-dix ans plus tard, nous revenons sur cette soirée fondatrice et sur l’un de ses films phares : Idylle en forêt.

Un club né de l’amitié et de l’entraide
Avant de devenir le Ciné-Club des Flandres, l’aventure commence sous le nom : le Mickey Club. Au début des années 1930, quatre jeunes Madeleinois, Henri Sohier, Gérard Vlaisloir, Max Tanguy et Knockaert, se retrouvent à l’Écu de France, en banlieue lilloise, pour expérimenter ensemble la caméra à manivelle Pathé-Baby. Leur devise tient en trois mots : « Collaborer pour Réaliser ». Mettre en commun le matériel, échanger des conseils, tourner à plusieurs : c’est ainsi que naît le premier club de cinéastes amateurs des Hauts-de-France.

En avril 1936, le Mickey Club devient le Ciné-Club des Flandres et s’installe au cœur de Lille, d’abord au Café Michel, place Rihour, puis au premier étage du cinéma Lilac. On s’organise : le dimanche, on tourne, et le mardi, on projette devant tous les membres. Le matériel reste modeste, et l’écran d’un mètre de base est improvisé. De l’improvisation, oui, mais toujours avec beaucoup d’enthousiasme.

Le 25 octobre 1936 : une première séance officielle

C’est dans ce contexte que se tient, le 25 octobre 1936, la première séance officielle du club. Au programme, six films qui témoignent déjà de la variété des envies de ces cinéastes amateurs :

  1. Injustice, de Gérard Vlaisloir
  2. Flirt, réalisation du C.C.F.
  3. Promenade dominicale, d’Henri Sohier
  4. A vingt ans, de Pierre Boyer
  5. Sport violent, d’Henri Sohier
  6. Idylle en forêt, réalisation du C.C.F.

Documentaire, comédie sentimentale, fiction collective : cette séance donne le ton de ce que sera le club pendant près de quarante ans. Avec Promenade dominicale, Henri Sohier promène sa caméra autour des églises lilloises : Sainte-Marie-Madeleine, Saint-Michel, Saint-Maurice, le Sacré-Cœur, jusqu’au chantier de la cathédrale de la Treille, alors en construction. Avec Flirt, le club s’essaie à la romance : Micheline oublie ses gants à la terrasse d’un café, Jacques les lui rapporte, et une escapade en forêt tourne à l’aventure lorsqu’un serpent s’en mêle.

Zoom sur Idylle en forêt

Clou de la soirée, Idylle en forêt est l’un des premiers films tournés en 16 mm par le club, grâce à la caméra dont Henri Sohier réussit à acquérir dans les premières années. Réalisé collectivement, il incarne parfaitement l’esprit du C.C.F. : tout le monde met la main à la pâte, devant comme derrière la caméra.

Idylle en forêt a été réalisé en 16mm par les membres du Ciné-Club de Flandres et diffusé le 25 octobre 1936 lors de la première séance du C.C.F.

Le film commence comme un conte : un bûcheron, sa femme et leurs deux filles vivent dans une cabane en forêt. Le fiancé de Sonia, la cadette, aide au travail du bois. Plus tard arrivent deux randonneurs qui demandent leur chemin. Le père les invite à partager leur déjeuner sur l’herbe. Au cours du repas, les deux touristes évoquent la ville de Lille où ils vivent : l’animation des rues, le jour, les cinémas et les cabarets, la nuit. L’ambiance est conviviale et bien arrosée. Suit une promenade dans les champs, pendant laquelle Sonia et le plus jeune des randonneurs marchent côte à côte. Mais le fiancé rejoint le groupe, scellant la fin de la promenade et de l’idylle naissante. Les touristes continuent leur route, laissant la jeune femme seule avec ses rêves de vie citadine. Elle hésite, puis tente de s’enfuir, mais elle se perd et se foule la cheville en courant. Le fiancé part à sa recherche et, happy end, la retrouve assise au bord d’un chemin.

Au-delà de son intrigue, Idylle en forêt est un précieux témoignage : il oppose la vie rurale et l’animation urbaine, et offre des images rares de Lille à l’aube de la Seconde Guerre mondiale. Projeté à de nombreuses reprises tout au long de la vie du club, il fait partie de ces films qui ont forgé l’identité du Ciné-Club des Flandres.

Un héritage toujours vivant

Grâce à ces projections, le club grandit à une vitesse impressionnante : 27 membres en octobre 1937, 175 à peine un an plus tard. Il essaimera dans toute la région, avec des sous-sections au Touquet, à Cambrai, au Cateau ou à Maubeuge, et restera actif jusqu’en 1975.

Quatre-vingt-dix ans après cette première séance, les films continuent de vivre. Idylle en forêt, Flirt et Promenade dominicale sont aujourd’hui visibles sur le site d’Archipop : l’occasion de prolonger l’anniversaire en retrouvant, depuis chez soi, l’émotion de ce soir d’octobre 1936.