Chemins de traverse en Picardie Verte

Une femme prend une photo avec un appareil photo argentique dans les années 1950.
Auteur(e) : Rosine Lefebvre

Publié le 30 octobre 2026

Histoires partagées, mémoires populaires

Depuis bientôt un an, je vais régulièrement en Picardie Verte et sillonne le territoire pour travailler à l’exposition « Histoires partagées, mémoires populaires », projet d’Archipop, en partenariat avec la communauté de communes de la Picardie verte.

« Ah bon ? C’est où ? » me demandent des amis de Saint-Quentin. « C’est en Thiérache ? » tentent les autres, qui se croient plus malins. Quand je dis que c’est dans l’Oise et que le territoire qui porte ce nom se situe à l’ouest de l’autoroute qui mène d’Amiens à Beauvais, la rectification est faite. J’évoque ensuite Gerberoy, là je vois que les yeux s’éclairent… un peu. Le nom leur dit quelque chose, le label « un des plus beaux villages de France » les rassure. Quand, pour être plus précise, je parle de la proximité avec la Normandie, à l’ouest, un paysage de bocage et de vergers sort du brouillard. L’allusion à la Thiérache est alors moins incongrue : il y a, entre les deux contrées une sororité possible, et quelques variétés de pommiers en commun. Et quand pour nuancer, je dis qu’à l’est s’étendent aussi de grands espaces agricoles… et quelques éoliennes sur le plateau picard, l’image est plus familière aux Axonais. Quant à mes amis de la Somme, ils penseraient davantage au Vimeu pour son histoire, tant industrielle qu’agricole.

Mais revenons au point de départ de mon voyage et à la singularité de la Picardie Verte au lieu de chercher ailleurs à quoi elle ressemble !

Prendre la sortie 16 de l’autoroute A16 n’est pas un crève-cœur mais c’est le nom de la grande petite ville qu’on traversera bientôt. Son imposant château-mairie pourrait se targuer d’être la porte d’entrée de notre territoire, car après avoir passé le traditionnel panneau barré de rouge, nous y voilà. De là, on peut, comme des dizaines, des centaines de camions, traverser le pays en trente minutes environ, vers la Normandie. Et bientôt, à Marseille-en-Beauvaisis, on croisera d’autres dizaines de camions sur un axe qui coupe, lui, le territoire à la verticale, pour effectuer le trajet d’Abbeville à Beauvais, hors autoroute.

Ce n’est évidemment pas ainsi que la Picardie verte peut dévoiler ses caractères, son identité, ses secrets. Il faut, pour le moins, faire quelques étapes, quitter les routes trop droites pour prendre des chemins de traverse ou flâner dans la vallée du Thérinet et de son grand frère le Thérain, qui se jette plus loin dans l’Oise. Bref, vadrouiller. Dommage d’ailleurs que le tortillard n’existe plus, il nous conduirait de gare en gare à toute vapeur !

Ce sont surtout les voix des habitants qui m’ont guidée dans la découverte de la Picardie Verte. Au fil des rencontres, l’enthousiasme de certains pour leurs projets et réalisations d’aujourd’hui contrebalançait les récits émouvants du passé perdu, et dans tous les cas, l’attachement à ces lieux où ils sont nés, vivent, travaillent ou ont travaillé était perceptible.

L’idée d’un podcast a germé : il permettrait d’approfondir sous d’autres formes la réalisation déjà passionnante des trois volets de l’exposition, où il s’agissait de valoriser la mémoire des gens et des lieux, par le biais d’extraits de films des collections d’Archipop, de photographies et de courts témoignages.

Construit autour de dizaines d’entretiens, de voix de toutes générations, ce nouveau projet visera à mettre en regard le présent avec la mémoire et l’histoire, à questionner atouts, richesses et problématiques de ce territoire essentiellement rural, écartelé entre Beauvais, Amiens, Rouen ou Paris, trop près ou trop loin de ces traditionnels bassins d’emploi, et à ouvrir – pourquoi pas – des perspectives enchanteresses plutôt que moroses.

Les six épisodes de Chemins de traverse en Picardie Verte seront disponibles à l’écoute dans les premières semaines de 2027, comme une manière de souhaiter une belle année aux verts picards de l’Oise normande, au son de quelques Roses de Picardie, interprétées par des musiciens d’aujourd’hui.

Rosine Lefebvre